Calendrier de Brazelton

Pages 243-246 de l’ouvrage de J. Phélip & M. Berger M., (2013).

Divorce, séparation : les enfants sont-ils protégés ? Paris : Dunod.

Version actualisée en Septembre 2012

 

Calendrier de Brazelton[1]

Une première version aménagée de ce calendrier a été présentée par M. Berger, A. Ciccone, N. Guedeney, H. Rottman en 2004. L’expérience quotidienne et la prise en compte de recherches récentes (McIntosch J., 2011) ont fait apparaître la nécessité d’y apporter quelques aménagements en 2012 (M. Berger).

 

Comment proposer un dispositif qui permette à un enfant de bénéficier le plus souvent possible de la présence de son père, et réciproquement, sans créer une discontinuité préjudiciable dans sa relation avec sa mère ? Il est évident que cette question ne se pose que si le père et la mère ont tous deux des capacités éducatives suffisantes. Si la mère présente des troubles de la personnalité importants qui envahissent sa relation avec son enfant (dépression grave, délire, toxicomanie, etc), et que le père en est indemne, l’hébergement principal devrait être confié à ce dernier. Nous proposons d’encadrer le rythme des contacts sous la forme d’un droit d’hébergement évolutif de la manière suivante.

 

Utilisation d’un calendrier

Il est particulièrement destiné aux situations de conflit parental élevé, et vise à répondre à un principe de précaution concernant le développement de l’enfant. Ce calendrier qui s’inspire directement des travaux de Brazelton et Greenspan, deux chercheurs ct cliniciens mondialement connus pour leurs travaux sur le développement psychologique du petit enfant, prend comme hypothèse la situation la plus fréquente où la mère est responsable des premiers soins. Il serait à inverser si c’est le père qui a dû assumer cette tâche du fait d’une incapacité psychologique de la mère. Ce calendrier serait à assouplir en fonction de l’éventuelle non-conflictualité du couple, de la capacité de l’enfant de supporter le changement, de l’investissement du père dans les premiers soins, et de la manière dont il s’est occupé seul de l’enfant la nuit du fait, par exemple, des obligations professionnelles de l’épouse. C’est la raison pour laquelle les auteurs indiquent qu’ « aucun modèle ne peut convenir à toutes les familles ». Il est à souligner que ce calendrier introduit une contrainte importante pour la mère qui ne peut pas prendre de longues vacances afin de ne pas priver son enfant de la présence de son père.

 

 

De 0 à 2 ans

C’est la période la plus complexe car les besoins de sécurité et de stabilité d’un nourrisson ne sont pas les mêmes à 2 mois, 8 mois, 12 mois. Aussi avons-nous introduit des nuances dans cette période par rapport au calendrier initial de Brazelton. De plus, l’allaitement éventuellement en cours limite les possibilités d’éloignement du domicile maternel. Il se pose aussi la question de la distance entre les domiciles des parents s’ils sont éloignés. Il faut dire clairement que notre société n’a pas été capable de regarder en face ce problème qui est de plus en plus fréquent, et d’y proposer des solutions adaptées.

 

L’enfant pourrait rencontrer son père deux à trois fois par semaine sans passer la nuit chez lui, pour une durée de deux ou trois heures deux fois par semaine jusqu’à l’âge de six mois, puis trois fois trois heures. Deux de ces demi-journées seraient éventuellement regroupables sur une journée à l’approche des douze mois[2]. Le problème est celui du lieu en cas d’éloignement du domicile : il faut trouver un tiers non impliqué dans le conflit s’il existe une mésentente à propos de l’hébergement : chez un grand-parent, un ami commun, chez la nourrice. On pourrait proposer que dans le futur, ceci puisse avoir lieu à la crèche dans un local aménagé de manière légale.

 

 

De 2 à 4 ans

 

À partir de deux ans et à condition que l’enfant soit bien familiarisé avec le foyer paternel, on pourrait ajouter à ces deux ou trois demi-journées une nuit dans la semaine, sans que la séparation d’avec la mère dépasse un jour et demi.

 

De 4 à 6 ans

 

L’hébergement pourrait se faire chez le père sous la forme d’un weekend de deux jours deux nuits tous les quinze jours, et d’une journée une semaine sur deux de manière à ce que l’enfant rencontre son père toutes les semaines. Cette « journée » peut prendre la forme d’un déjeuner ou d’un repas du soir, l’enfant revenant coucher chez sa mère.

À ce propos, il faut souligner qu’une nuit du mardi au mercredi toutes les semaines morcelle trop la vie de l’enfant, et que ce n’est pas pendant la nuit qu’un père crée des liens avec son enfant, mais en partageant des activités et des moments de discussion avec lui.

À cela s’ajoute la moitié des vacances scolaires, sans dépasser une durée de quinze jours consécutifs chez le père à condition de maintenir des contacts suffisants et non intrusifs avec l’autre parent et réciproquement.

Ce calendrier est utilisé en cas de conflit conjugal important par plusieurs tribunaux américains (King County Family Court Services, 1989 ; Spokane County Superior Court, 1996).

 

Un assouplissement du calendrier

Il peut être réalisé si les deux parents font une démarche conjointe, ce qui les pousserait à une coparentalité la moins conflictuelle possible. Dans ce cas, il serait intéressant qu’un spécialiste de la petite enfance compétent en matière de séparation parentale (psychologue ou psychiatre) évalue la relation père-enfant et mère-enfant en recevant chaque parent avec son enfant. Ce spécialiste devrait réévaluer la situation à intervalles réguliers afin de constater l’adéquation du mode de garde avec le développement psychoaffectif de l’enfant. Ceci nécessiterait la création d’un diplôme inter-universitaire (DIU) « Évaluation et suivi des situations de séparation dans le divorce concernant la petite enfance », ce qui paraît nécessaire étant donnée la fréquence des séparations parentales actuellement. Il serait nécessaire que les praticiens diplômés soient obligés de suivre ensuite une formation permanente annuelle.

 

 

[1] Ce calendrier est habituellement présenté de manière déformée et caricaturée par les associations de pères. Nous suggérons au lecteur de prêter attention aux nuances qu’il contient

[2] On fera remarquer qu’un enfant placé en crèche s’absente plus longtemps du domicile maternel dans la journée. Mais dans son cas, la crèche tient compte des indications du parent gardien pour aménager son mode de vie et respecter ses routines, et la passation se passe confortablement sans être l’objet d’un enjeu, ce qui n’est pas le cas si la situation est conflictuelle entre les parents.

Publicités